Âge: 30 ans
Poste: Défenseur central
Poste: Défenseur central
Centres d'intérêt: les nems, la justice, le brassard, le grand large, le catch.
Profil de star: Nestor Sensini, dit « boquita » (le gueulard), mythique défenseur albiceleste à la hargne incomparable et à la santé inoxydable, ayant joué jusqu’à ses 39 ans.
Eté 1990, à l’heure où certains tapent le subbuteo dans la chambre des parents, Carlos s’enfile des pintes, accoudé au zinc du « Balto », entre ses potes Gégé et Momo. Soudain, ses lèvres tremblent. Sa gitane aussi. Son idole, Nestor, est sanctionné d’un penalty suite à une intervention rugueuse mais licite sur Rudi le Völler. Santa Maradona et les siens sont éliminés. Les yeux embués par l’alcool et des larmes d’incompréhension, Charles vide ses pintes, tape 10 Francs à Gégé puis tourne les talons. C’est juré, quand il sera grand, Carlos sera le défenseur de la veuve et de l’orphelin.Le destin est en marche et la parole est à la défense. Celle de Nantes, son premier club. Un choix naturel puisque destination privilégiée des joueurs argentins. Emmenés par « El Loko » et Pedros, les canaris font alors la loi en D1. Leur désir de justice sur le pré est insatiable. En dehors des terrains, c’est une tout autre histoire : le trio nantais accumule les vices de procédure. Délits d’ébriété, outrage aux bonnes mœurs à la Jonelière, braquage avec violence de traiteurs chinois et délit de fuite sont monnaie courante.
Usé par ces transgressions de la loi à répétition, Carlos claque la porte du club. C’est en vagabondant mélancoliquement sur le port, traînant derrière lui la déprime et shootant des cannettes de Kro aux mouettes qu’un vieux capitaine de chalutier l’accoste. Charles embarque comme moussaillon à bord du « Tribunal », direction l’Amérique du sud. Chaque port est l’occasion pour Carlos de rendre la justice lors de matchs improvisés : défendant sa surface comme si elle était sa propriété privée, il met au cachot tout attaquant ne respectant pas sa sentence. Les dommages et intérêts perçus font rapidement de lui le capitaine « ad hoc » des terrains comme du chalut. La légende enfle en Amérique latine. Dé-Barkley dans l’anonymat le plus complet, le prince Charles de la D1 s’est mué en « Rey » Charles.
Son destin bascule à l’occasion d’un match de gala face à Cruz Azul. 77e minute de jeu, Paquito Gordo file au but. Charles s’en charge, s’emparant du ballon sur une merveille de tacle glissé. L’arbitre surgit. Le regard du capitaine tout feu tout flamme se voile. Penalty. « Objection » crie Carlos. Rien n’y fait. 1-0. Jurisprudence Sensini. Affaire classée et carrière brisée.
Carlito rentre à Paris tel une vieille gloire usée, visage empâté mais buriné par les alyzées, dégoulinant de style tex-mex. Il attire alors la convoitise du Bétis de Cambrai, friand de joueurs déclassés ou de seconde zone, prêts à rebondir. Charles se fait offrir un pont d'or, pour ce qui prenait alors la forme d'un dernier round...
Mais son relatif petit gabarit et le poids des années sont vite éclipsés par un timing parfait et un sens du placement et de l’anticipation précieux. Sa soif de justice et de victoire associée à une aura naturelle en font un élément incontournable du légendaire club blanco-verde. Brassard porté fièrement, le capitaine crochet harangue ses joueurs, plaide inlassablement la cause du Bétis et balaie toutes les accusations sans preuve de fautes. Que demander de plus, finalement, à un capitaine dont le charisme n'est plus à présenter? De Carlos à Sensini, il n'y a finalement qu'un (petit?) pas.
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